Publié par : Strega | octobre 31, 2018

Sorcières

sorciere

Fan de Mona Chollet, n’hésitant pas à me définir sorcière (puisque  » Si vous êtes une femme et que vous osez regarder à l’intérieur de vous-même, alors vous êtes une sorcière » comme le rappelle le manifeste de WITCH), j’ai donc couru lire son dernier livre dès sa sortie : Sorcières – La puissance invaincue des femmes.

couverture sorcières cholletJe me suis régalée, sur le forme comme le fond même si je connaissais déjà les thèmes abordés. Mais j’ai surtout pris la mesure de l’ampleur de la chasse aux sorcières qui a eu lieu aux environs de la Renaissance. Starhawk l’évoquait dans Femmes, magie et politique mais pas de manière aussi détaillée et avec des chiffres qui frappent directement au cœur de mon corps de femme, comme s’ils réveillaient une peur enfouie, une mémoire oubliée et pourtant transmise par ma lignée.

Voici un extrait, issu de la page 11 du livre,  qui résume bien l’image de la sorcière que se fait Mona Chollet. Je n’aurais pu mieux exprimer ma pensée moi-même :

Avec Floppy Le Redoux, la sorcière est définitivement devenue pour moi une figure positive. Elle était celle qui avait le dernier mot, qui faisait mordre la poussière aux personnages malfaisants. […] Depuis, où que je le rencontre le mot « sorcière » aimante mon attention, comme s’il annonçait toujours une force qui pouvait être mienne. Quelque chose autour de lui grouille d’énergie. Il renvoie à un savoir au ras du sol, à une force vitale, à une expérience accumulée que le savoir officiel méprise ou réprime. J’aime aussi l’idée d’un art de vie que l’on perfectionne sans relâche tout au long de sa vie, auquel on se consacre et qui protège de tout, ou presque, ne serait-ce que par la passion que l’on y met. La sorcière incarne la femme affranchie de toutes les dominations, de toutes les limitations ; elle est un idéal vers lequel tendre, elle montre la voie.

En écoutant des émissions ou lisant des articles faisant la promotion de ce livre, j’ai été frappée par le fait que beaucoup de jeunes (et sans doute moins jeunes) femmes aujourd’hui se revendiquent ouvertement sorcières. Pour ma part, ce n’est quelque chose que je n’ai partagé qu’avec moi-même, et ce blog quand il a existé et qui me procure un certain anonymat. Et à l’époque, d’ailleurs, il n’y avait personne qui se revendiquait sorcière dans les médias ou réseaux sociaux. Je me dis que la génération des 25-30 ans aujourd’hui a de la chance d’avoir cet espace-là d’accomplissement sous cette figure tutélaire.

Pour illustrer comment ce n’est pas simple pour moi de me déclarer sorcière, même aujourd’hui alors que plein d’autres le font, une petite anecdote. Je lisais ce livre dans le train et son titre a attiré l’attention de mon voisin qui a commencé à me poser des questions dessus. Il était curieux, plutôt intéressé et puis il m’a demandé : « et vous, vous vous définissez comme sorcière ? ». Et bien j’ai marqué un blanc avant de répondre oui. Parce que dire ça tout haut, dans un lieu public, à un inconnu cela n’allait pas de soi pour moi. En partie parce que cela correspond à ma vie intime, en partie parce que je ne suis pas sûre d’assumer complètement de me définir ainsi dans la sphère sociale. Mais comme je ne me vois pas non plus me renier, je ne pouvais guère mentir.

La dernière partie du livre est celle qui m’a fait le plus réfléchir. Notamment sur la place que l’on donne au monde des idées, au mental, au rationnel dans notre société patriarcale. Avec le désir que l’on réhabilite aussi le sensitif, que l’on arrête de séparer le corps et l’esprit, la raison de l’émotion. C’est ce que j’aime dans les livres de Mona Chollet d’ailleurs : ils s’adressent à mon intellect, autant qu’à mon âme et à mon corps. C’est ce qui fait que je préfère souvent les autrices de littérature aux auteurs, à l’exception de certains, comme Henry Bauchau.

 

 

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Responses

  1. Qu’en de subtils et délicieux mots choisis ces belles choses sont dites..Merci de ce très beau partage qui me lance sur la voie de ma propre exploration de la sorcière en moi, qui n’est jamais très loin..
    Franck

    • C’est la sorcière en toi ou son balai qui n’est jamais très loin ? :-p

  2. […] article va s’achever sur un dernier témoignage, touchant. Parler depuis le Silence, un nom très poétique pour un blog tout en sensibilité. Tout d’abord, elle nous parle de […]

    • Merci les éditions du Faune de m’avoir citée et pour vos belles paroles sur mon blog.


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